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Résidence Savitri au CDN Tréteaux de France

Premiers pas à pas

Au fil des lectures et de la résidence, cette première version de Savitri s’est révélée par strates successives. Le texte semble gagner en densité à chaque traversée, comme si les paysages qu’il convoque trouvaient peu à peu leur saison, leur souffle, leur force propre. Quelque chose se déploie dans l’entre-ligne : une puissance tranquille, une fureur sourde. Non pas une fureur de feu, mais une fureur de terre qui dit la résistance, l’obstination, la vaillance.

La figure de Savitri s’affirme ainsi : une jeunesse qui cherche sa place, qui comprend que le monde est plus vaste qu’elle, et que sans fureur, sans désir de se battre, quelque chose s’éteint. Cette fureur devient motrice d’engagement, seuil de bascule, passage vers un autre chapitre. Son visage nous regarde, vaillant.

La lecture à plusieurs voix a fait émerger une polyphonie. Le texte, entendu plutôt que seulement lu, a pris une autre épaisseur. La question du conteur est apparue centrale et féconde : qui parle ? d’où regarde-t-on l’histoire ? Le conteur comme passeur de regard, mais aussi comme figure en tension, presque en lutte avec sa propre posture, cherchant sa place dans le récit, à l’image de Savitri. Il n’y a pas de magie au sens classique, mais la présence insistante de fantômes : ceux des paysages, des maisons, des vivants et des morts. Une mémoire diffuse qui traverse le texte.

(Se) Découvrir

Le paysage, justement, s’impose comme une matière dramaturgique à part entière — un théâtre de paysage. Il ne sert pas de décor, il agit, il pense, il imprime des sensations. Les couleurs, les détails des marches, les saisons, nourrissent déjà des images fortes et donnent envie de s’en emparer au plateau.

Plusieurs intuitions de jeu émergent : une parole moins dialoguée, plus incarnée, traversée ; un conteur peut être polyphonique, partagé entre les interprètes ; un texte parfois abordé comme une partition, où les mots se répètent, résonnent, deviennent rythme, souffle, matière sonore. Certaines phrases pourraient être entendues comme des didascalies, des intentions de mouvement, de scénographie ou de son.

Enfin, quelque chose de très vivant circule : le désir. Le désir de conter davantage, de faire entendre cette parole, de laisser les relations, entre les personnages, avec le monde, avec la mort, se préciser encore. Beaucoup de graines sont déjà là. Elles poussent. Le texte donne confiance, il appelle la suite, l’évolution, la poursuite du travail.

C’est une matière riche, ouverte, généreuse, qui nous met en mouvement et nous engage collectivement.

 

Poser les bases

Penser l'intention, l'espace, la perche acrobatique. Comment inviter le récit dans cette forme au présent ? 

Correspondance

Chère Penda, 
Cette semaine, nous avons eu trois lectures intégrales avec les voix de Garance, Dimitri et Olivier. Je sens que je commence à prendre du poil de la bête dans les entre-lignes. Comme si, à force, les paysages avaient mieux compris leur saison. Les paysages commencent déjà à pousser dans ma tête.
Je crois même qu’en comprenant mieux qui je suis, je commence vraiment à voir le béguin pour le camarade. Je veux me projeter dans l'atelier de charpente. Le travail à l'atelier m'aide à trouver ma place.

Je sens ta puissance Penda. J'ai confiance de l'étoffe qu'on trouvera dans les esquisses de situation réelle. S'il y a un mot qu'il y a encore à nourrir, c'est ma fureur. Elle ne s’exprime pas forcément par des explosions spectaculaires, mais peut être contenue, maîtrisée, et se manifester par mes choix.

J'ai hâte de découvrir l'évolution de ce texte, sentir comment me traverseront les épreuves.

De belles graines qui poussent.
Je t'embrasse. 
Savitri